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Écrit par Charles Perez
Chronique
Publié le
16/10/2025
La lecture de FRAGILE/S, premier roman de Nicolas Martin publié en 2024, est une de celles qui procure beaucoup d’effet. Dystopie mêlant différents thèmes allant de la politique à la maternité, ce livre questionne et effraie de par la plausibilité de son récit d’anticipation.
La narration suit Typhaine à plusieurs moments charnières de sa vie : tout d’abord la naissance de son première enfant, Madeleine, dite « enfant fragile » car touchée par le syndrome de l’X fragile, puis naissance du second, Nolan, un garçon sain, fruit d’un programme expérimental de génoembryologie mis en place par le gouvernement d’extrême droite qui régit la France. On suit alors la vie domestique complexe d’une famille de plus en plus surveillée par le programme, car durant la crise de fertilité qui frappe le pays, ces enfants sains en sont devenus l’unique espoir et avenir.
À mon avis, le plus gros point fort de FRAGILE/S est la construction de son univers et la progression de son intrigue. Nicolas Martin a fait un travail admirable pour rendre palpable l’atmosphère de surveillance et d’oppression qui plane sur sa France dystopique. Rien que lorsqu’on se trouve dans l’appartement de Typhaine et de son mari, c’est comme si on avait mis des murs de brique derrière les fenêtres, entre les systèmes d’insonorisation et la présence perpétuelle de l’IA au service de la famille puis celle, intrusive, de la femme du programme dont le rôle est de surveiller les enfants.
Les choix narratifs eux-mêmes viennent aider ce sentiment d’oppression. Nicolas Martin fait le choix d’énormément jouer avec les points de vue et les personnages. Si dans la première partie, la narration fait des allés et retours entre deux périodes de la vie de la protagoniste, mettant l’une en perspective de l’autre de manière très efficace, dans un second temps il utilise la surveillance de l’IA comme outil narratif, retranscrivant le journal intime manuscrit de Typhaine, jonché de ratures et d’hésitations révélatrices, ou alors les enregistrements audio de l’IA, amenant une impression voyeuriste dans cette famille en pleine implosion.
Les thèmes creusés sont traités avec beaucoup de respect et de finesse. Lorsqu’il parle de maternité, Nicolas Martin crible son personnage de doutes et de culpabilité ; Typhaine est une femme en perpétuelle guerre avec ses propres pensées, jusqu’à aller frôler les thèmes de la folie avec une justesse admirable. Même si j’ai au cours de ma lecture eu un peu de mal à m’attacher aux personnages, le temps qui me sépare de la fin de ma lecture m’apporte de nouvelles nuances et je considère à présent avec beaucoup d’intérêt cette galerie touchante de personnages féminins forts et proactifs.
Je conseille chaudement la lecture de FRAGILE/S à quiconque s’intéressant de près ou de loin à la dystopie et la science-fiction. C’est un roman agréable à lire et accessible (malgré une ou deux scènes vraiment choquantes) qui imagine un futur régi par la peur de l’infertilité d’une nation toute entière, avec des ouvertures internationales, et les dérives de la montée d’un régime fasciste instrumentalisant le corps des femmes avec pour excuse de sauver l’humanité de la noyade. Et j’ai hâte de lire ce que Nicolas Martin prépare pour son prochain roman !